jeudi 18 juin 2009

Leçon de psychothérapie


J’aime bien recevoir des leçons, plus encore qu’en donner. L’autre jour, j’ai reçu une leçon de psychothérapie de la part d’un musicien.
Juste avant une conférence à Reims, où j’avais parlé des états d'âme, un petit concert avait eu lieu, de la part d’un duo talentueux : Naturalibus.
Après la soirée, il y avait un petit cocktail avec les organisateurs et quelques uns de leurs amis et invités. Je bavardais avec le guitariste et compositeur du groupe, lorsqu’une dame s’approche, et commence à nous raconter ses problèmes avec un de ses enfants. Je vous passe les détails pour ne pas trahir de secret, même si ce n’était pas une consultation. Mais en gros, ça se passait très mal, et elle en souffrait beaucoup.
Le souci, c’est qu’il était déjà 23 heures, que j’étais fatigué par ma semaine, le voyage, la conférence : je n’avais plus de jus (comme on dit lors d’un match de rugby). Je voyais bien que ce n’était pas simple, qu’il aurait fallu, avant de la conseiller, comprendre l’histoire de leur relation, tout ce qu’elle n’avait pas fait, ce qu’elle avait mal fait, ce qu’elle aurait pu faire, ce que son enfant lui permettrait ou non de faire… Trop long, trop compliqué… Pas envie, pas ici, pas maintenant… Je me triturais ainsi l’esprit, en me disant « tu ne peux pas non plus laisser cette pauvre dame sans réponse et sans soutien » lorsque le jeune guitariste intervint, avec un bon sourire : « C’est vrai, il vous fait du mal, mais vous savez, on ne s’en prend jamais qu’à nos proches : plus on aime, plus on fait souffrir. »
Le visage de la dame s’éclaira un peu. Rien n’était changé, mais cette simple phrase avait porté. Intelligente : elle ne niait pas la réalité des souffrances, mais elle les replaçait dans un contexte moins absurde et moins douloureux. Une belle intervention psychothérapique.
J’étais ravi, et soulagé. Pas du tout vexé que ça ne soit pas venu de moi. Et j'ai pleinement savouré cette leçon de simplicité et de naturel.

Illustration : la célèbre Berggasse, à Vienne, où vécut et exerça Sigmund Freud ; sa maison, devenue musée, est indiquée par un grand panneau rouge... Vous pouvez cliquer pour agrandir l'image.

11 commentaires:

  1. Une histoire de miroirs.

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  2. amour vache et moment de grâce ...

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  3. C'est à force de multiplier vos actions, vos rencontres, vos séances de dédicasses, vos publications, que vous donnez du bon sens à ceux qui en ont besoin.
    On ne peut pas venir en aide à tout le monde et les détesses sont trop nombreuses et variées. Ne vous sentez pas coupable. Et comptez sur l'effet "boule de neige", peut-être ce jeune guitariste avait pris note d'un de vos livre!

    Olivier

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  4. Cher Auteur,

    Je suis très touchée par cette anecdote, par ces moments de vie que vous savez si bien saisir, remercier pour vous (et nous) faire avancer.

    L'humilité est un don merveilleux qui permet de tellement s'ouvrir aux autres, apprendre et recevoir. Merci de l'avoir reçu !

    Bien de vos collègues seraient-il capables d'une telle humilité et, en plus, de la reconnaître publiquement. Pas certaine...du tout. Le chemin de la bienveillance et du savoir "accueillir" est long. Vous avez déjà accompli beaucoup de pas et de marches.

    Pour finir, je songe à la chanson du groupe rock Téléphone (ah, l'état d'âme de la nostalgie des années 80!) avec leur titre : "çà, c'est vraiment toi". Et bien ,en vous lisant ce matin, je me suis dit avec conviction et douceur que çà, c'est vraiment vous.

    Bonne journée
    A.G.

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  5. peut être que la souffrance de cette dame venait aussi du fait qu'elle a beaucoup ramené les choses à elle, à son égo, dans l'approche bouddhiste il est dit que si l'on arrive à se défaire de son moi trop souvent trop important, les souffrances ont moins de prises sur nous pour nous atteindre, quelque soit la réalité des faits c'est la manière de les percevoir qui contribu à notre souffrance ou pas en générant tel ou tel "états d'âme", dans le cas de la réponse apporté ici à cette dame c'est une vision différente qui a apporté quelque réconfort rien n'a changé pourtant,le guitariste l'a juste réconforté par rapport à son égo ...
    pour en revenir à la perception du moi que pense les psychiatres de cette approche bouddhiste ???
    qu'en pensez vous Christophe André ?
    j'avoue que de mon côté je peux concevoir que nous ne représontons qu'un petit grain de sable qui à côté d'autre semblables forment une belle plage, mais que reste t il en nous si le moi disparaît ? vers quelle "référence" se tourner pour avoir conscience de nous ?

    merci d'éclairer ma lanterne
    marie

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  6. A propos de Vienne de Freud et de la musique,je vous signale la série de Frank Tallis où un inspecteur mélomane fait appel un ami psychiatre également amateur de musique(collection 1018:La justice de L'inconscient)
    C'est éloigné du sujet sinon de la photo, mais se détendre est bon pour la santé et donc pour l'âme!

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  7. À force de chercher des réponses à nos états d'âme et nos fractures persos, largement aidés en ça par des psys de talent, nous acquérons à notre tour des minis compétences de micropsys... Non ? Et nous pouvons filer des minuscules coups de main...

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  8. Hola,
    a) c'est drôle que vous ayez parlé de "leçon". Le jeune musicien a simplement eu la bonne intuition au bon moment, 10 secondes avant vous. Attend-on de Schumi qu'il ne rate pas ses créneaux, ni ne soit distrait en conduisant après une journée harassante ?
    b) Voir en l'autre une source de progrès et non un ennemi, avoir suffisamment confiance en soi pour ne pas se sentir menacé dans ce type de situations. J'imagine que c'est une grande source de joie que d'avoir cette humilité, non ?
    Comme quoi on peut vivre libres, imparfaits et ...heureux (oh ça me dit quelque chose).
    Bàv

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  9. Pour Marie :
    Christophe André n'a peut-être pas vu votre post. Je me permets de répondre à sa place. Il m'avait déjà répondu à ce sujet : l'égo serait bien, en grande partie, une illusion. Une illusion utile, mais qu'il faut parfois essayer de mettre un peu de côté...
    Pour ma part, je dirais que l'absence d'égo n'est pas synonyme de mort. Il n'est qu'un concept associé à notre tas d'os et de chair. Après tout, il existe bien un être vivant qui ressent des émotions et qui agit, mais personne apparemment à l'intérieur pour le guider. Je dois dire que ces questions me fascinent aussi et me font parfois un peu peur...
    A bientôt.

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  10. Christophe André28 juin 2009 22:17

    Merci pour la réponse, Sylvain, rien à rajouter.
    Sinon pour préciser à Marie que pas mal de psychiatres sont intéressés par les concepts bouddhistes en matière de diminution de nos souffrances. L'organisation la plus aboutie en matière de dialogue entre bouddhisme et sciences de l'esprit est la célèbre Mind and Life Institut : http://www.mindandlife.org/, dont fait partie Matthieu Ricard.
    Pour Beatrizia : le musicien ne voulait pas me donner de leçon, mais c'est moi qui ait considéré que j'en avais reçu une (ce que j'adore) grâce à son tact.
    Et pour AG : merci beaucoup pour ce "ça c'est vraiment toi", chanson que j'aime bien moi aussi. Pas sûr de le mériter tout le temps, mais je fais de mon mieux...

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  11. Je viens de subir un choc emotionel très fort !
    Je m'appelle Guillaume Farley chanteur, auteur et compositeur de Naturalibus... Le jeune guitariste en question quoi !
    Ce matin à la gare de Lyon, un ami musicien me dis que Christophe André me cite dans son blog, et en quelque seconde tout me revient, le p'tit concert, la conférence de Christophe, et le cocktail après.
    Où cette femme vient chercher un genre de remède auprès de Christophe à cette mésentente totale avec son fils...
    Il y a quelque minute, j'étais extrêmement touché en lisant cette scène décrite par Christophe, qui utlise le mot de "leçon"...
    Je n'ai aucune connaissance réelle de la psychanalise, psychiatrie ou même philosophie.
    Je n'ai de culture que la musique et les chansons, mais surtout une passion totale pour les rapports humain et l'amour sous toutes ses formes.
    Je me souviens que Christophe l'écoutait sagement, et que volontairement il ne voulait entrer dans la démarche du conseil, ou d'une éventuelle recette pour avancer...
    J'ai dis à cette dame que la solution ne viendrait surtout pas d'elle, car entre une mère et un fils, il y a tant de dossiers, qu'il ne faut jamais chercher à les règler avec elle, mais loin d'elle d'abord, dans un épanouissement personnel.
    Et que c'est toujours les gens qu'on aime le plus, à qui on fait voir notre plus sale profil...

    Un grand merci à Christophe.

    Et aussi pour dire que mon égo à prit du galon, et qu'il est une bête sauvage à neutraliser !

    A bientôt.

    Guillaume.

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