jeudi 20 avril 2017

Publicités pour infidélités



Cette semaine, alors que je roulais en scooter sur le triple P, le Périphérique Parisien Pollué, un grand panneau publicitaire a attiré mon attention : il m’encourageait à tester un site proposant d’avoir des relations extra-conjugales en toute discrétion. Ça fait plusieurs années qu’on voit ça, dans le métro ou ailleurs. Bon, les temps changent, comme on dit, et je me suis efforcé de ne pas juger.

De tout temps, l’infidélité a existé, bien sûr, mais elle n’était pas encouragée, facilitée, par des marchands, le temps où les personnes infidèles se sentaient plus coupables que libérées, comme dans la chanson de Georges Brassens, Auprès de mon arbre, hymne discret à la fidélité.

Aujourd'hui, quand je regarde autour de moi, que je découvre la multiplication des sites et des applications de rencontres sentimentales ou sexuelles rapides, je comprends que l’époque est en train de changer. Peut-être après tout, comme le soutiennent certaines personnes, que le modèle du couple stable n’est pas forcément un besoin psychologique si profond, si naturel et si éternel qu’on ne l’a cru, et peut-être qu’il pourrait évoluer vers des liens plus labiles. Peut-être.

Mais tout de même, ça ne m’inspire pas une confiance illimitée, cette histoire : que cet éventuel mouvement évolutif se trouve entre les mains de firmes commerciales, de leurs actionnaires invisibles, et de leurs laquais du marketing et de la pub, tous avides de retour sur investissement, ça c’est un gros souci !

À partir du moment où notre intimité devient un enjeu publicitaire, à partir du moment où le sexe devient un objet de consommation et peut permettre à certains de gagner plein d’argent, ça veut dire que nos désirs et nos idéaux vont être régulièrement manipulés et influencés par des stratégies commerciales très intelligentes, mais totalement indifférentes, comme d’habitude, aux éventuels ravages provoqués sur les écosystèmes relationnels humains, conjugaux et familiaux.

Peut-être que nos vies sont en train d’évoluer vers des modèles de couple jetables, renouvelables, ou durables mais infidèles. C’est possible. Mais il vaudrait mieux que ce ne soit pas dans ces mains-là ! Vivement le retour de la rencontre bio et des circuits courts en amour…

Et vous, vous en pensez quoi de ces pubs qui incitent à l’infidélité sans danger ?


Illustration : Le roi Georges en majesté.

PS : ce texte reprend ma chronique du 28 février 2017, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.

vendredi 14 avril 2017

Fourberie



C’est un vieux souvenir d’enfance, qui doit remonter à mes 5 ou 6 ans. C’était un dimanche, chez des cousins de mon père, sans doute en Bretagne. Nous y étions allés avec la vieille 4CV Renault qu’il venait d’acheter, et dont il était très fier. Une fois le long déjeuner achevé, les adultes étaient restés prendre le café et bavarder, et le fils de la maison et moi étions sortis. Ce devait être un très lointain cousin, mais je ne l’avais jamais vu.

Alors que nous étions en train de tourner dans le jardin et qu’il me faisait visiter son territoire, il eut tout à coup une idée de belle bêtise à faire : monter sur le toit de la voiture de mon père. J’hésitais un peu, mais comme il insistait et que ça m’amusait moi aussi, en 5 mn nous étions debout, en train d’imaginer que la voiture était un tank que nous pilotions dans la guerre, ou un gros éléphant, qui avançait sous nos ordres, et des histoires de ce genre, des histoires de petits garçons.

Tout à coup, Benoît – je me souviens encore de son nom – eut une autre idée de jeu : « Ne bouge pas », me dit-il, « je vais chercher des drapeaux, on va faire comme un défilé du 14 juillet ». Il refusa que je l’accompagne, prétextant qu’il fallait s’occuper de l’éléphant, sinon il s’échapperait. Bien qu’un peu inquiet à l’idée de rester tout seul sur le toit, je lui fis confiance

Mais au bout d’un moment, tout de même, je commençais à douter : cette histoire de drapeaux me semblait bizarre. Et pourquoi ne revenait-il pas plus vite ? Après tout, nous étions quand même en train de faire quelque chose d’interdit, et dans ces cas-là, il était préférable de ne pas trop traîner sur les lieux du délit. Et puis je commençais à me sentir mal à l’aise, tout seul sur le toit de la voiture. Je me dépêchais donc de descendre. Juste à temps !

Benoît revenait, sans les drapeaux, mais avec mon père : ce fourbe m’avait piégé puis était allé me dénoncer. Le paternel n’avait pas l’air content du tout à l’idée que je fasse le guignol sur le toit de sa nouvelle voiture, mais comme j’étais redescendu, j’arrivais à nier plus facilement que si j’avais été pris en flagrant délit. Je m’en tirai avec une bonne remontée de bretelles, un moindre mal.

Bizarrement je ne me souviens plus du tout de la suite : si je suis allé faire des reproches à Benoît le traître, si mes parents sont revenus ensuite sur l’incident. Aucun souvenir. Sinon le sentiment d’avoir reçu une vaccination précoce et précieuse : c’était la première fois que j’étais victime d’un acte de fourberie délibérée et totalement gratuite. Je savais désormais que ça existait, des humains apparemment gentils mais qui pouvaient prendre un plaisir étrange à faire du mal aux autres.

Bizarrement, ça ne m’a pas rendu méfiant envers le genre humain : depuis toujours, je fais volontiers confiance aux gens, même quand je ne les connais pas. C’est tellement mieux !

Par contre, depuis cette époque, mon petit radar à détecter les fourbes et les tordus est correctement réglé. Et je les détecte assez tôt, même s’ils avancent cachés derrière le masque de l’amitié, l’autorité ou de la fragilité…

Et vous, ça vous est arrivé d’avoir eu affaire à des fourbes, des traîtres ou des manipulateurs quand vous étiez petit ?


Illustration : Aie confiansssssssse...

PS : ce texte reprend ma chronique du 7 mars 2017, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.

lundi 10 avril 2017

Verdure, rugby et nature



J'ai fait récemment une petite une expérience de psychologie : en observant ce que faisait mon cerveau lorsque je l’exposais au mot vert, j’ai vu qu’il produisait des souvenirs liés au rugby. Par le biais, sans doute, d’une synesthésie…

Oui, comme toutes les couleurs, le vert parle à chacun de nous, et dans mon cas, il est fortement associé à une odeur, celle de la pelouse fraîchement tondue d’un terrain de rugby, au printemps.

C’est peut-être une synesthésie, du grec syn (ensemble) et esthesis (sensation), ce phénomène par lequel vous voyez des formes en écoutant de la musique, ou vous percevez des couleurs en observant des lettres, comme dans le célèbre poème d’Arthur Rimbaud, Voyelles : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu… »

En tout cas, prononcez le mot vert en ma présence et instantanément une horde de souvenirs multisensoriels déboule dans mon cerveau, du côté de mon hippocampe : je me souviens de l’odeur très forte et enivrante de l’herbe coupée le matin même, du ciel de printemps très bleu, de la petite fraîcheur encore perceptible lorsqu’on passe à l’ombre des tribunes avant de retrouver le soleil du terrain, du bruit des crampons sur le sol en ciment des vestiaires, des émotions mêlées d’excitation et d’appréhension face au combat physique avec un vainqueur et un vaincu que représente un match de rugby. Tout ça déclenché par le simple mot « vert » prononcé devant un ancien gamin de la campagne toulousaine…

Bon, je vous ai parlé de synesthésie tout à l’heure, c’est peut-être simplement un simple conditionnement pavlovien, qui associe dans mon esprit la couleur verte et le rugby. Mais tout de même, c’est fort dans notre cerveau ces histoires de verdure et de nature !

Vous savez qu’on peut en observer les traces cérébrales en laboratoire : regarder des images de nature entraîne une activité accrue dans le cortex cingulaire antérieur et l’insula (les zones de notre cerveau associées à la stabilité émotionnelle, l’altruisme, l’empathie) tandis que la contemplation de lieux urbains augmente plutôt l’activité de l’amygdale cérébrale (la zone de réponse aux situations émotionnellement pénibles).

Différents travaux montrent enfin que le contact avec la nature facilite la récupération mentale après des tâches complexes et améliore la vigilance, l’attention, la mémoire, etc. Bref, le « sequi naturam » (suis la nature) d’Aristote représente une véritable cure de bien-être ! D’où l’appellation utilisée par certains chercheurs de « vitamine V » (V pour vert ; les anglo saxons parlent eux de « vitamin G », G pour green).

Mais ce constat scientifique ne va pas sans poser quelques soucis ! Car la diminution du lien à la nature est le destin de la plupart des habitants de la planète. Aujourd’hui, plus d’un humain sur 2 est un citadin, et ce chiffre va croissant : il est déjà de 80% chez les occidentaux, qui passent aujourd’hui plus de temps devant les écrans que dans la nature (screen time contre green time).

Il est donc urgent pour les humains de relire le philosophe américain Thoreau, et son Journal dans lequel il notait : « Aucun homme n’a jamais imaginé à quel point le dialogue avec la nature environnante affectait sa santé ou ses maux. »

Et vous, c’était quand votre dernière balade dans la nature, à savourer la couleur verte ?


Illustration : Vous sentez cette bonne odeur d'herbe fraîche ?

PS : ce texte reprend ma chronique du 28 février 2017, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.

vendredi 31 mars 2017

Grâce, sandales et chaussettes



Ça se passe lors d’un colloque sur la Transmission. Il y a de nombreux intervenants passionnants, philosophes, médecins, psychologues, qui parlent bien et ont mis leurs beaux habits.

Tout à coup monte sur scène Frère Guillaume, qui vit au Bangladesh auprès des très très pauvres. Sa voix est mal assurée, il est un peu raide, et fringué comme l’as de pique ; il porte aux pieds des sandales qui laissent largement voir ses chaussettes. Je suis assis à côté d’un ami qui me pousse du coude : « Christophe, si un jour tu te pointes chez moi comme ça, en sandales et en chaussettes, je ne t’ouvre pas la porte ! »

Mais je suis ému par ce type, et je réponds à mon pote : « Tu aurais tort ! Ce n’est pas si grave, et moi je trouve ça super-fort de se ficher du look comme ça. Ça m’impressionne, je n’en serai pas capable, je ne suis pas assez libre dans ma tête… » Du coup, mon copain se ravise : « Tu as raison, je ne devrais pas juger sur ça » (c’est un copain intelligent, qui écoute les critiques et se remet en question quand il le faut).

Pendant ce temps, sur la scène, Frère Guillaume prend peu à peu son envol. Il nous parle de ce qu’il fait au Bangladesh. Il est magnifique, avec ses fringues venues de nulle part. Il nous raconte ce qu’il fait dans les rues d’un des pays les plus pauvres du monde. Il nous explique que là-bas on aime chanter, et il fait chanter en choeur un refrain bengali aux 3000 personnes de la salle. Il est aux anges. Il rayonne de joie et de simplicité. Je suis subjugué.

Je me demande à quoi ressemble l’estime de soi de Frère Guillaume ? Aucune idée, ou plutôt si : il est au-delà de ça. Il a des années-lumière d’avance sur nous, mon ami, moi-même et sans doute bon nombre de personnes du public, qui chante de bon cœur. Il s’est débarrassé de lui-même. Je ne sais pas si son modèle est accessible pour nous autres, qui n’avons pas embrassé la carrière religieuse. Mais il est inspirant et éclairant.

L’estime de soi, il faut s’en occuper si elle souffre : si nous n’avons pas un rapport amical et pacifié à nous-même, cette mauvaise estime de soi nous sera un fardeau, elle entravera nos initiatives et nos actions, par les peurs et les inhibitions ; elle mobilisera nos forces vers nous et nos tourment intérieurs, au lieu de les libérer pour le monde extérieur. Nous devrons alors nous occuper de nous.

Mais ce n’est qu’une étape : prendre soin de soi n’est que la voie, vers quelque chose de plus grand que nous, au-delà de nous. Se pacifier puis s’oublier et se donner au monde…

Toujours sur scène, le Frère Guillaume sourit, un peu gêné, aux salves d’applaudissements qui le remercient. Il respire la bonté, le bonheur, la liberté.

Merci camarade, je ne suis pas prêt de vous oublier, toi et tes sandales.


Illustration : stéréotypes et préjugés avancent toujours masqués dans notre cerveau, à nous de les débusquer...

PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en janvier 2017.

jeudi 23 mars 2017

Enfants et écrans



Première histoire, dans le train.
Une petite fille de 3-4 ans dessine, assise en face de ses parents. La mère a l’air énervée, il a dû y avoir un conflit ou un souci avant le départ ; en regardant par la fenêtre, elle écoute quelque chose sur son smartphone. Le papa consulte l’écran du sien. Du coup, la petite fille n’a plus personne à qui parler, alors elle se parle à elle-même : « Mon dessin, c’est la maman… Elle écoute ses écouteurs et elle est en colère, la maman… La maman, elle écoute ses écouteurs… Elle est pas contente… » Elle répète le tout plusieurs fois, en surveillant du coin de l’œil son père, pour voir si par hasard il va réagir.
Mais non, ça ne l’intéresse pas plus que ça, le papa. Ce qui se passe sur son téléphone le captive davantage. Au bout d’un moment, la petite fille se tait, elle a compris, et continue de dessiner en silence. Puis, au bout de 10 mn, le dialogue lui manque, tout de même. Alors elle se débrouille pour renverser ses affaires par terre, histoire de faire réagir ses parents. Plutôt se faire gronder que se faire ignorer…

Deuxième histoire, dans un parc public.
Un couple de grands-parents se promène avec deux petits-enfants. La grand-mère pousse le landau du plus jeune. Un petit garçon d’une dizaine d’années la suit. Et tout à la fin, le grand-père, plusieurs mètres derrière ; il marche tout en tripotant son téléphone. Du coup, il va plus lentement, et se fait régulièrement distancer.
Le petit garçon se retourne, l’air agacé, et fait demi-tour pour lui parler. Au moment où je les croise, j’entends ceci : « Papi, on avait dit : pas d’écrans pendant qu’on est en famille ! » Le papi bredouille vaguement quelque chose, sans lâcher des yeux son téléphone. Incroyable ! Que fait-il donc, un dimanche après-midi, à tripoter son engin de destruction relationnelle, qui puisse être plus précieux que la présence à son petit-fils ?

Le temps passé sur les écrans est forcément du temps volé à d’autres activités. Et dans nos vies personnelles, c’est souvent du temps volé au sommeil (le soir) et aux relations, familiales, amicales, ou occasionnelles (dans la journée). Sommes-nous bien lucides face à tout cela ? Si je regarde tout autour de moi, je ne le crois pas…

Mes deux histoires sont désolantes. Mais aussi réjouissantes. Désolant : parents et grands-parents stupidement asservis à leurs écrans. Réjouissant : les enfants qui auront vu les adultes amoindris et appauvris par leurs machines vont entretenir avec ces dernières un rapport bien plus méfiant et intelligent que leurs géniteurs, victimes du marketing des marchands d’écrans et d’infos (« vous êtes un humain diminué si vous n’êtes pas un humain connecté »), de leur conformisme (« tout le monde le fait ») et de leur paresse (« pas envie de contrôler mes impulsions »).

Allez les jeunes, on compte sur vous !


Illustration : C'est pourtant sympa de bavarder ensemble ! (du génial Saul Steinberg)

PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en octobre 2016.

jeudi 16 mars 2017

Réveil d’anesthésie



Je bavardais récemment avec un ami bouddhiste, qui venait de se faire opérer du genou. Après m’avoir donné de ses (bonnes) nouvelles, il me raconte qu’à son réveil de l’anesthésie, il a vécu des moments de bonheur intenses : il s’était alors senti profondément apaisé, avec la présence au cœur de tous ses maîtres, et emporté par une immense vague de très profonde et très durable gratitude.

Je l’écoutais attentivement, parce qu’il y a quelques années, j’ai fait la même expérience : en salle de réveil, je m’étais senti comme en apesanteur, porté par un énorme nuage de gratitude. Gratitude pour les soignants, les chirurgiens, les médecins, les infirmières...

Puis, dans les heures et les jours suivants, gratitude pour tout le monde : mes proches qui me rendaient visite, mes amis, je faisais un grand récapitulatif de toute ma vie, et de tous les humains pour qui je pouvais éprouver de la reconnaissance, pour ce qu’ils m’avaient offert en termes d’amour, d’affection ou de bons moments.

Même - voyez comme ça allait loin - pour le groupe pop Procol Harum et pour son tube célébrissime : A whiter shade of pale

Eh oui, à l’époque où j’étais lycéen et étudiant, on dansait encore le slow, et c’était vraiment intéressant pour se coller aux filles en leur parlant dans l’oreille. D’où ma gratitude pour Procol Harum, même si – à ma connaissance - ils n’avaient pas écrit la chanson pour moi ! Après tout, je me sens aussi plein de gratitude quand je contemple un beau paysage, quand je savoure un bon fruit, quand je lis un beau livre, même s’ils n’ont pas été conçus pour ma petite personne.

J’aime beaucoup les exercices de gratitude : repenser le soir en m’endormant à quelques beaux moments de la journée que je dois à d’autres humains ; ou approfondir ma méditation du matin par la conscience de ce sentiment de dette joyeuse, que j’éprouve envers tant de personnes dont j’ai croisé le chemin, et qui m’ont fait du bien, de façon volontaire ou non, à un moment ou un autre de ma vie.

Quand je suis immergé dans la gratitude, je sens mon cœur qui s’ouvre et se réchauffe (et d’ailleurs, toutes nos études scientifiques montrent que l’émotion de gratitude est non seulement légitime et agréable mais bénéfique pour notre santé).

Et vous, ça vous arrive d’avoir comme ça des bouffées de gratitude qui vous font monter au ciel ?


Illustration : Le vinyle culte, version 45 tours...

PS : ce texte reprend ma chronique du 28 février 2017, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.


jeudi 9 mars 2017

Une légère ivresse



Cette semaine, j’ai pris le temps de déguster quelques petits verres de vin en pleine conscience...

Eh oui, je dois reconnaître que j’aime bien boire de l’alcool, mais attention, en pleine conscience et avec le cerveau aux aguets ! J’apprécie le début, le tout début des effets de l’alcool, le commencement de l’ivresse. Pas quand ça va trop loin, pas jusqu’au moment où on se met à beugler, de joie ou de tristesse, comme ce bon Claude Nougaro

Non, à ce stade c’est déjà trop tard pour l’introspection et la vie intérieure, et ce n’est plus du tout drôle, ni pour soi ni pour les autres.

Ce qui est passionnant par contre, ce sont les débuts, les tout premiers stades, lorsque l’on perçoit que notre vision du monde change sous l’effet de ce que l’on boit. Passionnant d’observer ce qui se passe alors dans nos esprits : apaisement et légère euphorie, recul et relativisation de nos soucis, réceptivité, sentiment d’amitié avec le monde et de fraternité avec les autres humains.

Passionnant aussi de tirer des leçons à partir de l’observation de nos cerveaux très légèrement sous l’emprise de l’alcool, et de nous demander si, finalement, nous ne serions pas capables de vivre de telles expériences existentielles sans recours à des substances ? Capables de vivre des débuts d’ivresses sans alcool, des étourdissements subtils devant la vie, le monde, le soleil qui se lève ou qui se couche, l’océan, les montagnes, un soir d’été, un ciel d’hiver, la lune ou les étoiles…

En vérité, je vous le dis, mes amis : c’est possible ! Et pas si compliqué : il faut juste un peu s’entraîner, s’arrêter à temps, au tout début, et observer ce qui se passe en nous, avant de reprendre le verre ou le joint de trop, qui vont nous embrumer au lieu de nous éveiller.

Et vous, vous vous êtes déjà amusé à éprouver attentivement ce qu’un léger début d’ivresse provoque dans votre esprit ?


Illustration : un humain marchant sur la neige, ivre de sensations et de bonheur... (photo MR)

PS : ce texte reprend ma chronique du 21 février 2017, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.


jeudi 2 mars 2017

Un rêve



Cette semaine, j’ai vu mon père, mort il y a 10 ans, revenir chez nous, dans la cuisine.

C’était en rêve, mais un de ces rêves au goût fou de réel. J’étais en train de préparer le déjeuner du dimanche, il devait y avoir aussi ma femme et mes filles qui allaient et venaient, quand tout à coup, je vois mon père entrer dans la pièce. L’air normal, enfin je veux dire l’air vivant, pas du tout zombi ; mais silencieux. Et puis aussi, pas content, avec le visage sévère et contrarié qu’il prenait autrefois, quand quelque chose n’allait pas.

Évidemment, ça a créé une drôle d’ambiance dans la cuisine. Il s’est mis dans un coin, debout, genre « faites comme si je n’étais pas là », avec son air mécontent, et toujours en silence. Du coup, personne n’osait lui parler ni aller vers lui. J’ai commencé à me demander dans mon rêve ce qu’il pouvait avoir à nous reprocher. Est-ce que nous n’avions pas assez pensé à lui depuis sa mort, pas assez prié pour lui ?

Là, ça chauffait trop, alors je me suis réveillé, mais j’ai continué de m’interroger : est-ce que j’avais mal fait quelque chose pour qu’il revienne ainsi du passé, avec ce visage contrarié ? Mais bizarrement, je ne ressentais pas d’inconfort émotionnel, ni de culpabilité, comme j’en éprouve pourtant souvent (car je suis un grand culpabilisable). Non, là j’avais le sentiment, peut-être injustifié, d’avoir fait de mon mieux de son vivant, et de penser souvent à lui depuis sa mort. Le sentiment de ne rien avoir à regretter.

Mais ça m’a troublé tout de même, ce rêve, tellement j’avais revu mon père pleinement vivant. J’y ai pensé à la fin de ma méditation du matin. Et les pensées qui me venaient, c’est que bien sûr, on n’aime jamais assez les vivants de leur vivant, et qu’on ne pleure jamais assez les morts après leur mort.

Mais ce n’est pas parce qu’on ne les aime pas. C’est parce que nous sommes maladroits pour nous aimer, parce que pleurer finit par nous faire trop de mal. Et parce qu’il faut bien vivre notre présent, et songer à notre avenir.

Alors, pour apaiser le spectre surgi du passé, je me suis assis et j’ai pensé à mon père ; j’ai écrit quelques lignes sur lui, sur ce rêve, en souriant et en respirant doucement.

Et en espérant que, malgré sa tête contrariée, ça ne se passait pas trop mal pour lui, là où il se trouvait…

Et vous, ça vous arrive de rêver des morts, des années après ?


Illustration : Une forêt en Allemagne. Merci Passou.

PS : ce texte reprend ma chronique du 3 janvier 2017, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.

lundi 13 février 2017

Grand-mère redonne



Dans ses dernières années, ma grand-mère était connue dans la famille pour redonner tout ce qu’elle recevait. Lorsqu’on lui offrait un petit cadeau, en venant la visiter, elle était ravie, sincèrement. Puis, après avoir savouré, quelques jours ou quelques semaines, elle redonnait. Un jour, à un autre visiteur, elle disait : « ça te plaît ? Je te le donne ! » Et on voyait, lors d’une autre visite, que le cadeau n’était plus là. Ou bien on le retrouvait chez quelqu’un, qui expliquait : « Mamie me l’a donné ». Tout le monde souriait de ce recyclage des cadeaux de Mamie, inéluctable destin pour tout ce que nous lui offrions, sauf peut-être les fleurs.

Pourquoi faisait-elle cela ? Elle disait que, dans la maison de retraite où elle avait choisi elle-même de vivre après la mort de mon grand-père, elle n’avait qu’une chambre, et ne voulait pas y accumuler trop de choses. Mais en réalité, je crois que ce qui lui plaisait dans les cadeaux, c’était l’intention d’amour. L’objet matériel n’avait pas grande importance. Au bout d’un moment, elle sentait que cet objet ferait davantage plaisir en se remettant à circuler qu’en restant chez elle. Alors elle s’allégeait de l’objet, et ne gardait que la mémoire de l’amour.

La vie, c’est une histoire de transmission : il y a tout ce dont nous héritons, tout ce qu’on nous transmet. Et tout ce que nous redonnons, et transmettons à notre tour. Nous ne possédons rien devant l’éternité, ni nos objets, ni nos relations, ni notre corps. Tout nous a été donné, prêté, et tout nous sera repris. L’important n’est pas de nous accrocher, mais de savourer, de remercier, de rendre grâce. Puis de redonner : de bon cœur, de plein gré. Par le don, je m’accomplis et je me libère.

Il y a tant de belles émotions liées au don ! Par exemple, la gratitude, cette joie d’avoir reçu d’autrui, ce sentiment de dette joyeuse, qui amplifie en nous la confiance envers le genre humain. Qui nous rend plus intelligents et nous aide à comprendre que tout ce que nous croyons avoir conquis ou construit par nos seuls mérites est dû aussi à de nombreux autres, qui nous ont donné et dont nous avons reçu. Je n’ai jamais compris pourquoi il n’y a pas dans notre langue de mot pour désigner la joie d’avoir donné, et le sentiment d’être allégé et grandi par ce qu’on a offert…

Que les objets circulent, que les savoirs circulent ! À chaque fois qu’ils sont passés par le don d’un humain à un autre humain, ils y ont gagné quelque chose d’impalpable et de précieux. Ils ont été fécondés par l’écoute, l’amour, la bienveillance. Rien d’étonnant à ce que les âges de la vie où l’on donne le mieux, avec le plus de grâce et de profondeur, en soient les âges extrêmes : quoi de plus émouvant que le don d’un enfant ? Sinon celui d’une personne âgée…


Illustration : dans les Alpes, en janvier 2017...

PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en décembre 2016.

mardi 7 février 2017

Antismartphone



Cette semaine, j’ai vu une de mes filles dire non à un cadeau. Elle fait des études littéraires, et elle a un vieux téléphone portable, sans écran tactile, elle ne peut même pas recevoir ni envoyer des émoticônes. Plutôt que se payer un bel appareil, elle préfère s’acheter des livres ou des places de concerts rock. L’autre jour, une de ses copines, très high-tech, elle, a voulu lui offrir son vieil i-phone, car elle venait de se faire offrir le dernier modèle. Et ma fille a refusé, sans hésiter.

Je précise que ce n’est pas une enfant sage, c’est au contraire la plus baroudeuses de nos trois filles : elles passe son temps à explorer les catacombes, à grimper sur les toits, à faire du stop aux 4 coins de l’Europe, elle boit volontiers des bières avec ses potes, etc. Mais elle déteste les smartphones.

Comme je lui demandais de m’expliquer pourquoi peur, elle a réfléchi un moment, puis m’a donné deux arguments convaincants : d’abord ça rend les gens accros, ensuite ça rend les groupes tristes. Et ça, elle n’aime pas du tout, les groupes où on ne se parle plus, mais où tout le monde a le nez sur son écran, les groupes où on est ensemble mais seuls, les groupes où on interrompt une conversation avec un véritable humain parce que sa machine sonne ou vibre...

Vous connaissez le mot de Montesquieu : « L’Homme est un animal sociable » ? Eh bien ma fille est l’être le plus sociable que je connaisse, un animal hypersociable. Dès qu’elle arrive quelque part, en très peu de temps, elle connaît tout le monde et tout le monde la connaît, l’appelle par son prénom ; elle se fait adopter instantanément.

Il y a quelque temps, nous nous étions rendus en famille dans une grande école, à la remise de diplômes d’un de nos neveux. A la fin du cocktail qui suivait, au moment où nous voulions repartir, elle avait disparu. En partant à sa recherche, j’ai fini par la retrouver : elle s’était faite inviter, je ne sais comment, dans le carré réservé aux VIP (les professeurs, les politiques, les personnalités, etc.) et elle était en train de discuter avec le directeur de l’école, une coupe de champagne à la main ; ils s’appelaient déjà par leurs prénoms et se tutoyaient ; et elle commençait à lui expliquer qu’il fallait qu’il adapte ses programmes pour que ses élèves soient de meilleurs citoyens, moins matérialistes, etc. Voilà le genre…

Et c’est ça qui me rassure : elle aime tellement les humains et la vie, qu’elle est instinctivement allergique au trop plein d’écrans. Elle perçoit parfaitement que le temps d’écran c’est du temps volé à d’autres activités plus joyeuses et essentielles. Et que si elle l’a compris aujourd’hui, d’autres vont le comprendre demain…


Illustration : "Et vous, vous avez parlé à votre enfant aujourd'hui ?"

PS : ce texte reprend ma chronique du 10 janvier 2017, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.



lundi 23 janvier 2017

Robert



La scène se passe dans le tramway, à Paris. Tous les sièges sont occupés, et nous sommes donc nombreux à être debout dans le couloir.

À un moment, un couple âgé monte avec peine, en s’accrochant bien à toutes les barres et poignées ; ils ont des sonotones (on dit encore comme ça ?) derrière les oreilles, et semblent ne pas très bien tenir sur leurs jambes. Une jeune femme cède tout de suite sa place à la dame âgée. Son mari se tient debout derrière elle, en s’agrippant bien pour résister au démarrage.

Un peu plus loin, un jeune au look des cités - casquette de base-ball, grosses baskets au pied, et tout ça - observe la scène. Après quelques secondes (sans doute le temps de latence vient-il du rap qu’il écoute dans son casque à fort volume, et qui l’entraîne dans un autre univers) et tout en restant assis, il appelle : « Monsieur, Monsieur ! » pour lui proposer sa place.

Mais le monsieur n’entend pas. Sa femme, par contre, entend, se retourne, et voit le jeune homme qui leur fait signe pour proposer sa place. Alors, elle appelle à son tour son mari : « Robert, tu veux la place ? »

Mais Robert n’entend pas bien, ou ne comprend pas, il marmonne quelque chose et il retourne la tête vers la fenêtre pour regarder le paysage défiler. Du coup, le garçon se met à crier : « Robert, Robert ! Eh ! Robert ! » dans un élan de familiarité et un souci d’efficacité qui commence à faire sourire le wagon (d’accord, il aurait pu se lever, mais à sa décharge, il était assis un peu loin, et avait peut-être peur que quelqu’un d’autre lui chipe la place qu’il réserve à Robert).

Robert entend enfin, se retourne, voit le jeune homme, comprend, mais refuse la place ; soit par fierté, pour montrer qu’il peut encore tenir debout ; soit parce qu’elle est trop loin de sa femme, ou de la porte… Tout redevient calme ; les regards des passagers se détournent de la scène, et retournent à leur lecture, leur écran ou leur rêverie ; le jeune homme se replonge dans son rap.

Et je réfléchis à ce qui vient de se passer, qui me laisse un goût un peu inhabituel à l’esprit, sans doute lié au mélange insolite qui compose cette scène : le geste de politesse du garçon ; sa familiarité, déplacée selon certains codes, mais finalement bienveillante ; la fierté et le refus de Robert ; la fragilité de la vieillesse…

Je me demande ce qu’en retiendra le couple âgé : gardera-t-il un souvenir amusé et touché de l’interpellation du garçon ? Ou un souvenir agacé de sa manière bien à lui de se montrer poli ?

En tout cas, de mon côté, j’ai trouvé ça mignon, et réconfortant. Et préférable à tous ces regards baissés des autres hommes valides et assis, qui n’ont certes pas interpelé Robert à voix forte, mais qui ne lui ont pas non plus proposé leur place…


Illustration : un homme qui ne peut pas laisser sa place, mais qui aime voir passer les bateaux. Par Florian Kleinefenn.

PS : cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en novembre 2016.

mercredi 18 janvier 2017

Déambulateur et frais bancaires



Cette semaine, j’ai vu passer dans la rue une vieille dame qui utilisait un petit déambulateur à roulettes, un modèle perfectionné, avec des freins, et auquel on peut accrocher ses sacs pour faire des courses. Elle s’en servait avec aisance, et elle avançait assez vite.

J’étais en train de l’admirer d’être aussi vaillante et énergique, quand tout à coup, je la vois qui traverse en dehors de tout passage piéton. L’air pas commode, elle toise les automobilistes et les scooters furieux, qui freinent, klaxonnent et zigzaguent pour l’éviter.

Elle s’en fout, elle a décidé qu’elle traversait maintenant ! Et elle va jusqu’au bout, puis accoste sur le trottoir d’en face d’un pas décidé, tout en s’appuyant sur son engin. Là, elle se retourne une dernière fois pour regarder ces conducteurs qu’elle vient de défier, aussi fière et déterminée que Brigitte Bardot sur sa Harley-Davidson

Je la contemple avec stupéfaction ! Je suis partagé entre admiration (« elle a du cran la mamie ! ») et agacement (« elle est gonflée quand même, elle doit être à la retraite, elle a tout son temps, et au lieu de patienter à un feu piéton, elle se lance comme ça, au risque de provoquer un accident… »).

Pour ne pas la juger trop vite, j’envisage toutes les hypothèses…

Je me demande si elle a toute sa tête, si elle ne souffre pas de maladie d’Alzheimer ? Mais il me semble bien avoir vu un œil vif sur son visage, et guère d’hésitations dans ses façons de faire.

Puis je me dis que c’est peut-être une ancienne baroudeuse, qui faisait du parachute, du saut à l’élastique, de la varape, du planeur, des trucs comme ça, et qu’elle a toujours besoin de sa dose d’adrénaline malgré son âge avancé ?

Ou bien peut-être que son feuilleton préféré passe à la télé dans 10 minutes, et qu’elle ne veut pas rater le début ?

Ou alors il s’agit d’une militante écologiste convaincue, qui déteste les voitures dans Paris, qui pense que les piétons devraient toujours avoir priorité absolue sur les véhicules à moteur, où qu’ils traversent ?

Et là, alors que je continue de l’admirer, je la vois rentrer dans une agence bancaire, en se faisant aider pour passer le seuil par quelqu’un qu’elle a interpelé dans la rue. Ouh la la ! Je ne sais pas si elle y va pour parler de ses frais bancaires, mais si c’est le cas, je n’aimerais pas être à la place de son banquier, ça va chauffer !

Et vous, vous pensez qu'à son âge, vous serez aussi intrépide que cette dame ?


Illustration : la dame en plus jeune sur un autre déambulateur...

PS : ce texte reprend ma chronique du 29 novembre 2016, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.

vendredi 6 janvier 2017

Ma pomme



Une semaine, j’étais tranquille chez moi, un midi, c’était une journée d’écriture, et j’avais décidé de jeûner, pour me nettoyer un peu le corps et l’esprit. Pas un vrai jeûne intégral, mais un allégement de mon menu. Et ce midi-là, mon menu, c’était une des belles pommes que j’avais achetées au marché le dimanche précédent.

J’avais décidé de déguster ma pomme en pleine conscience, tranquillement, comme nous devrions le faire régulièrement avec nos aliments.

Je me suis assis à la table de la cuisine, et j’ai commencé par la regarder, la faire tourner dans mes mains, l’admirer, avec sa belle peau jaune et rouge. Je l’ai un peu reniflée, je l’ai passée sur mes lèvres, puis j’ai croqué dedans, juste une bouchée. Cette bouchée, j’ai pris tout mon temps pour la savourer, tout mon temps pour en explorer les arômes, tout mon temps pour la mastiquer et l’avaler, sans rien faire d’autre, avant de croquer une deuxième fois. Puis, j’ai dégusté lentement chacune des bouchées. C’était hyper-zen, j’adore ce genre d’exercice de méditation, qui consiste à manger ce que nous mangeons d’habitude, mais tranquillement, l’esprit et les sens ouverts, en pleine conscience.

Au bout de 10 minutes, j’avais terminé ma pomme.

J’ai pris encore un peu de temps pour me régaler des dernières saveurs qui s’attardaient dans ma bouche, des derniers fantômes de son goût, du sillage de tout ce qu’elle m’avait offert. Un peu de temps aussi pour écouter ce que me disait mon ventre, pour voir si cette lente dégustation de la pomme l’avait rassasié. Mon ventre m’a dit que c’était OK, et que nous pouvions en rester là.

Alors j’ai coupé le trognon de la pomme en deux, et je suis allé le donner aux deux frères lapins qui vivent dans notre jardin. Ils sont comme moi, ils aiment beaucoup les pommes… Et ils ont fait comme moi, ils ont mangé leur part, tranquilles, en pleine conscience…

Je me suis assis sur le vieux banc du jardin, j’ai regardé le ciel et je me suis réjoui : c’est fou, quand on prend son temps, de voir tout ce qu’une pomme peut nous offrir. Puis j’ai ressenti de la gratitude envers tous les humains qui m’avaient permis de vivre ce moment. Le paysan qui s’est occupé du pommier, ceux qui l’ont cueillie, puis amenée jusqu’à mon marché. Gratitude aussi pour ma marchande de fruits et légumes

Je suis resté encore un moment dehors, avec dans le crâne ma perfusion d’états d’âme agréables. J’ai reniflé l’air froid de l’automne, le parfum du crachin et de la terre humide, l’odeur des feuilles qui commençaient leur cycle de décomposition et de résurrection future. J’ai senti que la pomme était là, bien au chaud dans mon ventre, et qu’elle commençait à m’offrir ses fibres et ses vitamines. Je me suis dit qu’à cet instant, j’étais heureux…

Et vous, c’était comment la dernière fois que vous avez croqué dans une pomme ?


Illustration : Trois pommes d'api par le divin Chardin...

PS : ce texte reprend ma chronique du 22 novembre 2016, dans l'émission de mon ami Ali Rebehi, "Grand bien vous fasse", tous les jours de 10h à 11h sur France Inter.

lundi 2 janvier 2017

Voeux pour 2017



Puissiez-vous connaître de nombreux moments heureux tout au long de cette année 2017.

Puissent ces moments vous aider à donner de l'amour tout autour de vous.

Et puissent-ils vous vous donner aussi l'énergie pour changer tout ce qui doit l'être dans ce monde.


Illustration : dans la forêt de Białowieża, en Pologne, par Karolina.